Vet IN Tech – un nouveau think tank dans la #esanté
23/11/2017
FORUM SANTE PUBLIQUE SANOFI : MIEUX LUTTER CONTRE LES MALADIES INFECTIEUSES #FSP2017
27/11/2017

Médicament connecté : une pilule dure à faire passer ? #hcsmeufr

C’était en juin dernier, lors de mon dernier voyage à la silicon valley, que j’ai eu le plaisir de rencontrer Andrew Thomson, co-fondateur et CEO de PROTEUS DIGITAL HEALTH.

Cette licorne de la esanté a mis au point le médicament connecté, technologie validée par la FDA en 2012 et dont les premiers essais cliniques avec un médicament avaient été autorisés par la même agence en septembre 2015.

Après un premier rejet de la FDA en Avril 2016, un nouveau dossier d’autorisation de mise sur le marché a été soumis en mai 2017.

6 mois après la FDA vient de donner son accord pour la commercialisation de Abilify MyCite, le premier médicament connecté.

Cure de jouvence pour un blockbuster qui a connu les affres du généricage en 2015 ou réelle avancée pour les patients?

Cette autorisation de mise sur le marché soulève beaucoup de questions mais marque aussi d’une pierre blanche les avancées de la esanté et un tournant dans le suivi possible de l’observance.

 

« LA CAPACITE A SUIVRE L’OBSERVANCE N’A PAS ETE DEMONTREE »

 

Suivi de l’observance ? bien sûr puisque la esanté dans l’observance peinait jusqu’alors à savoir lorsque le médicament avait réellement été pris par le patient.

Entre les applications qui rappellent de prendre le traitement…

Entre les piluliers connectés qui peuvent valider que l’opercule du jour avec le traitement à prendre a été ouvert…

Rien ne permettait jusqu’alors de valider « le dernier kilomètre », le geste qui amène le dit traitement jusqu’à la bouche et l’ingestion effective de ce dernier.

Donc imaginez un médicament connecté. Un comprimé dans lequel un carré métallique d’un millimètre de côté avec deux couches de métal (cuivre-magnesium) qui, au contact des sucs gastriques, vont se toucher et émettre un signal électrique qui sera capté par un patch disposé sur le patient.

Voilà le principe.

Le patch peut, en plus d’ un capteur pour le signal électrique, être équipé d’autres capteurs pour prendre la température, mesurer l’activité,…j’en passe et des meilleurs.

Mais l’ennui c’est que cette fonctionnalité de mesure d’observance n’a pas été démontrée. Le signal n’est parfois capté qu’à un long moment..voire n’est jamais capté faisant risquer même au patient de croire qu’il a oublié de prendre son traitement et de le reprendre…

« LE PROFESSIONNEL DE SANTE DOIT FACILITER LE BON USAGE DU TRAITEMENT…MAIS AUSSI DU PATCH ET DE L’APPLICATION MOBILE POUR S’ASSURER DE LA CAPACITE ET DE L’ACCORD DU PATIENT POUR L’UTILISER »

 

Concernant la question du consentement je vous invite à lire cet article qui pose les bonnes questions quant à ce type de traitements.

Concernant l’information par le professionnel de santé il va falloir aussi à un moment travailler sur leur formation à ces nouvelles technologies.

Depuis deux ans je sillonne la France à la rencontre de médecins généralistes, spécialistes et de pharmaciens pour former et informer sur les nouvelles technologie set nouveaux usages en santé.

Depuis deux ans ce sont près de 3000 professionnels de santé que j’ai rencontré en face-face et j’ai pu ainsi mesurer l’écart énorme entre les conférences esanté porteuses d’une vision très « intellectuelle » (même si probablement exacte) de la esanté et de ses apports possibles et l’état des lieux fait « sur le terrain ».

Si je vais plus loin c’est aussi la culture des laboratoires pharmaceutiques qu’il faut changer pour permettre à leurs représentants d’expliquer ces nouveaux systèmes.

Alors que le maître-mot de l’industrie pharmaceutique est « beyond the pill » (« au delà de la molécule » pour soutenir une démarche de services vers les patients), la réalité ressemble bien souvent au modèle promotionnel historique : « combien de boîtes ça rapporte »!

Voilà quelques années maintenant que chaque laboratoire y va de son site, de son application, de sa plateforme .. sans prendre réellement le temps d’expliquer aux professionnels de santé ces solutions et sans solliciter les patients pour les construire.

Le résultat est sans appel : pas ou peu de trafic sur les sites, pas ou peu de téléchargements des applications, pas ou peu d’utilisateurs sur les plateformes..et surtout des initiatives qui dépassent rarement la durée de vie d’un cycle marketing…

Je suis caricatural ? c’est vrai…un peu. Mais un peu seulement.

MOLECULE + CAPTEUR = BREVET (à nouveau)

 

Dommage.

Dommage que le premier médicament choisi ait été celui là.

Un médicament dans la maladie mentale avec tout ce que cela implique pour un patient atteint de troubles schizophréniques ou bipolaires a qui on va proposer un suivi..mais dans quel but ? A la demande de qui ? On sait la place et l’importance des assureurs aux Etats-Unis. Cela questionne.

Un médicament qui a été l’un des blockbusters de la pharma avec plus de 7 milliards de dollars de CA rien qu’aux Etats-Unis avant l’arrivée des génériques en 2015. Arrivée des génériques qui a donné lieu a une bataille rangée entre le laboratoire et la FDA à l’époque. Pas étonnant que cette dernière n’ait pas été enthousiaste à l’idée de valider le premier dossier.

Le médicament ainsi créé redevient breveté de par la technologie embarquée. Ce qui peut questionner sur les motivations réelles du laboratoire à développer ce produit.

Dommage parce que l’idée est excellente et que la problématique de l’observance est bien réelle avec des conséquences parfois catastrophique à la fois pour le patient et pour le système de santé.

 

 

Mais je suis convaincu que ce n’est qu’une question de temps avant que la fiabilité du dispositif soit validée et que des traitements connectés soient proposés avec des solutions d’accompagnement qui soient une vraie valeur ajoutée pour les patients.

Solutions qui seront construites pour eux. Avec eux.

Il faut des solutions ou tout le monde gagne. Les patients bien sûr, les professionnels de santé, le système de santé et aussi les laboratoires pharmaceutiques…. c’est la condition sine qua non pour développer des solutions de santé qui vont au delà de la molécule…